Origine et histoire de l'Église Saint-Nizier
L'église Saint-Nizier, située place Saint-Nizier dans le 2e arrondissement de Lyon, est un monument religieux majeur de la ville. Dédiée à Nizier, évêque de Lyon au VIe siècle, elle est attestée dès le Haut Moyen Âge. Son importance grandit avec l’essor politique et économique de Lyon après l’an mille, créant des tensions avec la cathédrale Saint-Jean. L’édifice actuel, reconstruit aux XIVe et XVe siècles en style gothique flamboyant, remplace une basilique plus ancienne dont les origines remontent peut-être à un temple romain dédié à Attis ou à un cimetière antique.
La reconstruction gothique s’étale du XIVe au XVe siècle, avec des interruptions dues à la peste de 1348 et aux conflits de la guerre de Cent Ans. Le clocher nord, achevé en 1481, abrite une horloge médiévale toujours en fonction. L’église devient un symbole de la bourgeoisie lyonnaise, opposée aux élites cléricales de Saint-Jean. Son architecture, marquée par des voûtes audacieuses et une façade composite (gothique, Renaissance et néogothique), reflète cette rivalité. La crypte, datant du Ve siècle, conserve des mosaïques du XIXe siècle évoquant les martyrs de Lyon.
Au XVIe siècle, Saint-Nizier est pillée par les huguenots, puis restaurée. Elle abrite des œuvres d’art notables, comme une statue de Coysevox et des vitraux de Lucien Bégule. Classée monument historique en 1840, elle subit des dégradations pendant la Révolution, servant même de dépôt de farine. Au XIXe siècle, des restaurations néogothiques achèvent la façade et ajoutent le clocher sud. L’église reste un lieu de culte actif, marqué par des événements comme l’occupation par des prostituées en 1975.
L’intérieur se distingue par ses voûtes élancées, son maître-autel en marbre et ses stalles du XIXe siècle. L’orgue Merklin (1885), innovant pour son système électro-pneumatique, est aujourd’hui inutilisable. Parmi les figures liées à l’église, on compte Pauline Jaricot, béatifiée en 2022, et Frédéric Ozanam, fondateur des Conférences Saint-Vincent-de-Paul. La crypte, accessible depuis la nef, conserve des mosaïques représentant les origines chrétiennes de Lyon.
Saint-Nizier incarne aussi les tensions sociales lyonnaises, comme en 1791, quand le prêtre réfractaire Jacques Linsolas y est arrêté après une prédication controversée. Au XXe siècle, elle devient un symbole de résistance, comme lors de l’occupation de 1975 par des prostituées dénonçant les violences policières. Aujourd’hui, elle reste un lieu de culte et de patrimoine, animé par la Communauté de l’Emmanuel depuis 1996.